La lettre

La lettre

mardi 23 janvier 2007

Charlotte Corday - 17 juillet 1793

Charlotte Corday naquit à Saint-Saturnin en Normandie, en 1768. Par les femmes, elle était arrière-petite-nièce de notre grand poète Pierre Corneille. Privée de bonne heure de sa mère - le plus grand malheur qui puisse arriver à un enfant - elle vécut dans l'isolement et loin des distractions ordinaires de son âge. Elle passa sa jeunesse à Caen, chez une de ses tantes ; elle fut toujours seule, dit un historien, et ce mot explique toute sa destinée.
D'un caractère grave et sérieux, elle aimait la lecture et savourait avec délices les vies de Plutarque et surtout les oeuvres immortelles de son parent Corneille ; elle se nourrissait de ses fortes maximes et des grands sentiments qu'il mettait au coeur de ses héros. Comme les fiers Romains, elle se disait : "Moi aussi j'aime mon pays et je voudrais pouvoir lui prouver mon dévouement et lui être utile."
Les graves événements qui se passaient alors en France l'émurent profondément. Charlotte avait vingt-cinq ans. La Terreur régnait, le sang coulait à flots et Marat demandait encore deux cent mille têtes.
Charlotte, épouvantée par tant de cruautés, se crut appelée à sauver son pays, et elle prit l'inflexible résolution d'immoler de sa main le sanguinaire Marat. Elle n'ignorait pas qu'elle devait faire le sacrifice de sa vie ; mais cette pensée de la mort n'ébranla pas sa résolution.
Des Girondins, dont elle estimait les talents et les opinions politiques, proscrits par Marat et la Convention, fugitifs dans le Calvados, y appelaient vainement, au secours de la liberté, les Français paralysés par la terreur ; elle crut voir en eux les sauveurs de la patrie.
Charlotte ne balance plus, et pour seconder les Girondins, elle prétexte près de son père un voyage en Angleterre, lui fait ses adieux dans une lettre où elle lui dit :
"Mon cher papa, je vous dois obéissance ; cependant, je pars sans votre permission, je pars sans vous voir, parce que j'en aurais trop de douleur. Le ciel nous refuse le bonheur de vivre ensemble ; il sera peut-être plus clément pour notre patrie."
La patrie, c'est désormais sa seule pensée. Elle quitte Caen et arrive à Paris le 12 juillet 1793. Bientôt, elle se présente chez Marat, où malgré ses instances, elle ne peut être admise. Elle lui écrivit alors la lettre suivante :
"Citoyen, j'arrive de Caen ; votre amour pour la patrie me fait présumer que vous connaîtrez avec plaisir les malheureux évènements de cette contrée de la République. Je me rendrai chez vous, ayez la bonté de me recevoir et de m'accorder un mot d'entretien. J'ai à vous révéler des secrets importants, et je vous mettrai à même de rendre un très grand service à la France.
Vers les sept heures et demie du soir, Charlotte Corday vient chez Marat qui prenait un bain. En entendant sa voix, il ordonne de la faire entrer.
L'entretien eut d'abord pour objet les rassemblements du Calvados. Marat s'informait avec empressement des noms des députés, des administrateurs qui les excitaient, les écrivait sur des tablettes, sous la dictée de Charlotte, et lui annonça que tous ceux qu'elle désignait iraient bientôt expier leur rébellion sur l'échafaud.
Ces mots devinrent son arrêt de mort. Charlotte s'arme de son poignard et le plonge dans le coeur de Marat.
- A moi ! s'écrie-t-il.
Et il expire à l'instant même.
Celle qui venait de l'immoler resta calme au milieu du tumulte des domestiques et des voisins et de deux femmes qui se trouvaient dans une pièce voisine. L'officier de police étant survenu et ayant dressé procès-verbal de l'évènement, elle le signa, et fut conduite dans les prisons de l'Abbaye.
Son premier soint fut d'écrire à son père, pour lui demander pardon du chagrin qu'elle lui causait en disposant de sa vie. Conduite devant le tribunal révolutionnaire, elle y parut avec calme et dignité ; ses réponses furent concises et nobles.
- Qui vous inspira tant de haine ? lui demanda l'accusateur Fouquier-Tintiville.
- Je n'avais pas besoin de la haine des autres, j'avais assez de la mienne.
- Cet acte a dû vous être suggéré ?
- On exécute mal ce qu'on n'a pas conçu soi-même.
- Que haïssiez-vous en lui ?
- Ses crimes.
- Qu'espériez-vous en le tuant ?
- Rendre la paix à mon pays.
- Depuis quand aviez-vous formé ce dessein ?
- Depuis le 31 mai, où l'on arrêta ici les représentants du peuple.
Loin de défendre ses jours, elle parla de son action comme d'un devoir qu'elle avait rempli envers sa patrie.
- J'avais le droit de tuer Marat, dit-elle, puisque lui-même commandait le meurtre. L'opinion publique l'avait depuis longtemps condamné et je n'ai fait qu'exécuter son jugement.
Son défenseur, Chauveau-Lagarde, étonné de tant de courage, s'écria :
- Vous venez d'entendre les réponse de l'accusée, elle avoue son crime ; elle en avoue avec sang-froid la longue préméditation ; elle en avoue toutes les circonstances ; elle ne cherche pas même à se justifier. Ce calme imperturbable et cette entière abnégation de soi-même, qui n'annoncent aucun remords en présence de la mort même, ne sont pas dans la nature. Ils ne peuvent s'expliquer que par l'exaltation politique, qui lui a mis le poignard à la main ; et c'est à vous, citoyens jurés, de décider de quel poids doit être cette considération morale dans la balance de la justice.
L'interrogatoire terminé, la sentence de mort fut prononcée. Charlotte dit à son défenseur :
- Vous m'avez défendue d'une manière aussi délicate que généreuse, c'était la seule qui pût me convenir ; je vous en remercie, elle m'a fait concevoir pour vous une estime dont je veux vous donner la preuve. Ces Messieurs viennent de m'apprendre que mes biens sont confisqués ; il me reste quelques petites dettes à acquitter dans ma prison, et c'est vous que je charge de ce devoir.
Le soir même, 17 juillet 1793, Charlotte, portant la chemise rouge des assassins, fut conduite au lieu de supplice. Elle monta sur l'échafaud plus calme que jamais. On entendit parmi les spectateurs des voix qui murmuraient : "Quel dommage ! si jeune et si belle !" Elle salua la foule avec un doux sourire, et de son propre mouvement, plaça la tête sur la bascule.
Lorsque sa tête fut tombée, l'aide du bourreau la releva, et la montrant au peuple, il eut l'insigne lâcheté de la souffleter. A cette vue, la foule frissonna d'horreur, et, pour calmer son émotion, on fut obligé d'emprisonner l'homme qui s'était rendu coupable de ce sanglant outrage.
Lamartine a appelé Charlotte Corday l'ange de l'assassinat.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Bonjour Rose!
C'est avec un vif plaisir que j'ai lu toutes les pages que vous vous avez eu la brillante idée de nous faire découvrir. Bravo et continuez nous vous lirons.
Une Québécoise de St-Hubert Longueuil.