On sait que Voltaire ne brillait pas par les qualités platiques, nous voulons laisser entendre par là, qu'il n'était pas beau. On prétend même qu'il était aussi laid qu'il était spirituel, ce qui est beaucoup dire.
Or, on raconte - mais nous ne garantissons pas la véracité du récit - qu'à l'époque où il vivait à la cour du roi de Prusse, Frédéric, il lui arriva l'aventure suivante : certain jour, il avait malmené un jeune page, originaire de la province de Poméranie, et l'avait traité, ce qui était la pire injure, de "brute de Poméranie".
Le jeune homme ne pardonna pas à l'ami du roi cette suprême insulte, et il jura d'en tirer vengeance.
La vengeance, comme vous allez voir, justifia, on ne peut mieux, le dicton : "Effronté et malin comme un page".
Frédéric ayant résolu de faire un voyage dans le nord de ses Etats, en Poméranie précisément, proposa à Voltaire de l'accompagner, ce que celui-i accepta volontiers. Le petit page, aussi, était de la partie, et, à peine arrivé dans sa contrée natale, interrogé par des compatriotes sur les habitudes et les goûts du roi, son escorte, ses familiers, il répandit le bruit que Frédéric était toujours accompagné d'un singe d'une espèce particulière, d'un grand singe qu'on habillait en seigneur de la cour, qui sortait seul souvent, marchait et se comportait comme un homme. Il ajoutait que rien n'était plus comique et plus drôle que de voir les grimaces, les contorsions et les cabrioles de cette bête, lorsqu'on l'agaçait, lorsqu'on lui chatouillait, par exemple, le nez, le cou ou les côtes.
Or, on raconte - mais nous ne garantissons pas la véracité du récit - qu'à l'époque où il vivait à la cour du roi de Prusse, Frédéric, il lui arriva l'aventure suivante : certain jour, il avait malmené un jeune page, originaire de la province de Poméranie, et l'avait traité, ce qui était la pire injure, de "brute de Poméranie".
Le jeune homme ne pardonna pas à l'ami du roi cette suprême insulte, et il jura d'en tirer vengeance.
La vengeance, comme vous allez voir, justifia, on ne peut mieux, le dicton : "Effronté et malin comme un page".
Frédéric ayant résolu de faire un voyage dans le nord de ses Etats, en Poméranie précisément, proposa à Voltaire de l'accompagner, ce que celui-i accepta volontiers. Le petit page, aussi, était de la partie, et, à peine arrivé dans sa contrée natale, interrogé par des compatriotes sur les habitudes et les goûts du roi, son escorte, ses familiers, il répandit le bruit que Frédéric était toujours accompagné d'un singe d'une espèce particulière, d'un grand singe qu'on habillait en seigneur de la cour, qui sortait seul souvent, marchait et se comportait comme un homme. Il ajoutait que rien n'était plus comique et plus drôle que de voir les grimaces, les contorsions et les cabrioles de cette bête, lorsqu'on l'agaçait, lorsqu'on lui chatouillait, par exemple, le nez, le cou ou les côtes.
"Essayez, et vous en jugerez ! Mais pas devant le roi, non ! Sa Majesté tient à son singe, et n'aime pas qu'on le tracasse devant elle. Quand vous le verrez se promenez seul dans les rues, alors ne vous génez pas !"
La recommandation fut suivie de point en point : on ne se gêna pas.
La recommandation fut suivie de point en point : on ne se gêna pas.
La première fois que Voltaire s'aventura, en dehors du cortège royal, dans les rues de Stettin, capitale de la Poméranie, il crut avoir affaire à des fous, et devenir fou lui-même : ce n'étaient que rires, provocations, coups de badine sur ses épaules et ses maigres jambes ; on lui tirait les cheveux, on lui pinçait les oreilles... Et il s'empressa de rentrer au palais et de conter sa mésaventure au roi.
Frédéric non plus n'y comprenait rien, et il n'eut l'explication du mystère, ajoute le narrateur, que plusieurs années après, lorsque, s'étant brouillé avec Voltaire, il apprit, de la bouche même du petit page, passé au rang de secrétaire du roi, le "bon tour" qu'il avait joué jadis à cet insolent Français. Ajoutons que cette histoire semble surtout avoir été inventée par quelqu'une des nombreuses victimes de l'esprit mordant du célèbre philosophe.
Frédéric non plus n'y comprenait rien, et il n'eut l'explication du mystère, ajoute le narrateur, que plusieurs années après, lorsque, s'étant brouillé avec Voltaire, il apprit, de la bouche même du petit page, passé au rang de secrétaire du roi, le "bon tour" qu'il avait joué jadis à cet insolent Français. Ajoutons que cette histoire semble surtout avoir été inventée par quelqu'une des nombreuses victimes de l'esprit mordant du célèbre philosophe.
ECHOS ET VARIETES - AOUT 1906

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