La féodalité eut aussi ses jours de réjouissance et de gaieté, où la plaisanterie était permise, où les seigneurs voulaient bien rire avec le peuple. Comment expliquer autrement les singularités des usages féodaux, les redevances bizzares, étranges, qui nous étonnent aujourd'hui, que nous ne pouvons lire sans sourire et qui variaient à l'infini.
Il y avait à Roubaix, près de Lille, une seigneurerie du prince de Soubise, où les vassaux étaient obligés de venir certains jours de l'année, faire la moue, le visage tourné vers les fenêtres du château. C'est égal, ces vassaux-là devaient bien s'amuser à remplir ce devoir et je croirais volontiers qu'ils faisaient dégénérer la moue en grimace. Avouons qu'il n'y avait pas grand mal à cela et que bon nombre d'écoliers de nos jours se seraient acquittés à merveille de cette redevance.
Le seigneur de Sassay, près d'Evreux, avait le droit de se faire dire la messe dans l'église cathédrale quand il lui plaisait. Il pouvait y assister la faucon au poing ou le faire placer sur un coin de l'autel, à sa volonté. Le curé d'un de ses villages lui disait la messe, botté et éperonné, tambour battant au lieu d'orgues.
A Rouen, les moines de Saint-Ouen, pour s'exempter du four banal, s'étaient soumis à la redevance de l'oison bridé. Tous les ans, ils conduisaient processionnellement une oie bridée et ornée de rubans, au grand moulin de la ville. Pourquoi ? Mystère. Voyez-vous d'ici les graves moines en rang, et vous figurez-vous la démarche gracieuse de l'oiseau, sauveur du Capitole, et qui, malgré ce haut fait, a donné lieu à ce dicton : Bête comme une oie !
A Rouen, les moines de Saint-Ouen, pour s'exempter du four banal, s'étaient soumis à la redevance de l'oison bridé. Tous les ans, ils conduisaient processionnellement une oie bridée et ornée de rubans, au grand moulin de la ville. Pourquoi ? Mystère. Voyez-vous d'ici les graves moines en rang, et vous figurez-vous la démarche gracieuse de l'oiseau, sauveur du Capitole, et qui, malgré ce haut fait, a donné lieu à ce dicton : Bête comme une oie !
Le tenancier des Bénédictins de Saint-Procule, en Italie, payait à titre de redevance, la fumée d'un chapon bouilli. Vous ne vous trompez pas, il s'agit non du chapon mais de sa fumée... Chaque année donc, il apportait son chapon à l'abbé, bien cuit à point, entre deux plats, le découvrait avec précaution et la fumée partie il était quitte et il ne lui restait plus... qu'à le manger, ce qu'il s'empressait sans doute de faire.
Le Margrave de Juliers, en Prusse, à son entrée solennelle dans la ville, devait être monté sur un cheval borgne, avec une selle de bois et un bride d'écorce de tilleul ; il avait deux éperons d'aubépine et portait à la main un bâton blanc.
A côté d'un pareil équipement celui de Don Quichotte et de son fidèle écuyer, Sancho Pança, n'aurait pas été déplacé. En tout cas, le pauvre Margrave aurait bien mérité, dans cette circonstance, le nom de Chevalier de la Triste-Figure.
Quand l'abbé de Figeac faisait son entrée dans la ville, le seigneur de Montbrun le recevait habillé en arlequin, c'est-à-dire revêtu d'un costume ridicule et une jambe nue. Lorsque l'abbé descendait de cheval, le seigneur lui tenait l'étrier et se plaçait derrière lui pour lui verser à boire. Cet acte d'humilité devait être bien méritoire.
Puisque nous parlons de monture plus au moins grotesque, ajoutons que, quelquefois, les paysans amenaient à leur seigneur, sur une voiture traînée par quatre chevaux, devinez quoi ? Je vous le donne en cent. Un petit oiseau. D'autres fois, c'était un oeuf garrotté, traîné par... dix boeufs.
On ne pourrait dire ici comme La Fontaine dans une de ses plus jolies fables :
On ne pourrait dire ici comme La Fontaine dans une de ses plus jolies fables :
L'attelage suait, soufflait, était rendu.
En Autriche, un vassal noble devait chaque année à la saint Martin apporter à son seigneur deux pots remplis de mouches. Il faut croire, qu'en ce temps comme du nôtre, ces insectes étaient bien insupportables puisqu'on prenait ce moyen pour les détruire.
A Langeac, le jour de la fête de saint Gilles, un châtelain jetait un millier d'oeufs à la tête de ses paysans. N'aurait-il pas mieux fait de leur en faire confectionner de bonnes omelettes ?
A Langeac, le jour de la fête de saint Gilles, un châtelain jetait un millier d'oeufs à la tête de ses paysans. N'aurait-il pas mieux fait de leur en faire confectionner de bonnes omelettes ?
Les jongleurs qui arrivaient à Paris avaient un droit de péage ; ils devaient remettre une petite somme. Saint Louis les exempta à condition qu'ils chanteraient une chanson et que le singe, s'ils en avaient un, ferait quelques cabrioles devant le péager. De là l'expression proverbiale : Payer en monnaie de singe.
Du reste, tous les conducteurs d'animaux en foire devaient faire gambader les singes et danser les ours au son du flageolet lorsqu'ils passaient devant la demeure seigneuriale. Quels besoins de se distraire on avait en ce temps-là !
Du reste, tous les conducteurs d'animaux en foire devaient faire gambader les singes et danser les ours au son du flageolet lorsqu'ils passaient devant la demeure seigneuriale. Quels besoins de se distraire on avait en ce temps-là !
Dans la ville de Chateauroux, les habitants d'un faubourg, pour s'acquitter d'une redevance, célébraient chaque année une cérémonie qu'on appelait le fête du pot aux roses. Le jour de Pentecôte, un jeune homme portait au bout d'une longue perche un pot rempli de roses au centre duquel était une bougie allumée. La foule suivait. Les deux plus anciens du quartier allaient chercher une vieille veuve qu'on avait soin de voiler pour qu'elle ne fut pas reconnue. A six heures du soir, toute la troupe se rendait au château, et la veuve, au milieu de tous les assistants, chantait une chanson au seigneur, cassait le pot et disparaissait au plus vite sans se faire connaître.
Quelles singulières coutumes, ai-je déjà dit, et dont nous avons le droit de nous étonner, n'en connaissant pas les motifs.

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